Bien que les radars militaires soient moins perturbés par des échos de type mirage que les radars civils, il y a beaucoup plus d'échos anormaux d'un autre type. La figure 2 montre ceux qui ont été détectés par le radar de Semmerzake au cours de la nuit du 30/31 mars 1990. En fait, je recevais les données du radar de Glons sous la forme de listings, tandis qu'à Semmerzake, on me fournissait des extraits d'ordinateur sur disquettes. Je pouvais les examiner sur mon ordinateur personnel, en reproduisant alors de manière dynamique tout ce qui était apparu à Semmerzake dans une portion donnée de l'espace et du temps. Je pouvais sélectionner des traces d'avions, retenir seulement les échos anormaux et lire les valeurs des paramètres enregistrés pour chacun des échos, pris individuellement. La figure 2 a été constituée de cette manière. Les distances sont indiquées par rapport au radar de Semmerzake, mais le radar de Glons est également indiqué par un cercle et une croix.


Figure 2 : Trajectoires d'échos anormaux, détectés par le radar militaire
de Semmerzake au cours de la nuit du 30/31 mars 1990.

On constate qu'il y avait différentes traces d'échos anormaux. Les plus longues ont débuté à 22h17 et à 22h58. Chacune d'elles provient d'un écho anormal qui a resurgi presque régulièrement pendant plus de trois heures. D'autres échos anormaux ont surgi plus tard. Les altitudes étaient variées, mais elles restaient pratiquement constantes, sauf pour la longue trace supérieure. La vitesse était toujours d'environ 45 km/h, ce qui était celle du vent en altitude (figure 1) et globalement, les trajectoires s'incurvaient suivant la direction locale du vent. La source de ces échos devait donc être "quelque chose" de réel qui se trouvait à telle ou telle altitude, en étant entraîné par le mouvement général de l'atmosphère.

J'ai proposé en 1991, qu'il s'agissait de masses d'air humide, relativement localisées. Du moment qu'elles comportent des surfaces où le degré d'humidité varie brusquement, elles doivent produire des réflexions partielles, bien que l'atmosphère soit optiquement transparente (I.386). Ce phénomène était connu pour des "bulles de convection", mais il était extraordinaire que des masses d'air humide puissent rester localisées aussi longtemps. Usuellement, elles sont disloquées après peu de temps. Il est déjà rare qu'elles survivent plus d'une heure (I.387). Il fallait donc que l'atmosphère soit très calme au cours de la nuit du 30/31 mars 1990.

L'Institut Royal Météorologique avait annoncé: "Un noyau de haute pression situé sur l'E de l'Angleterre et nos régions se déplace lentement vers l'E et influence favorablement notre temps". Le professeur Quinet de l'IRM m'avait fait parvenir des cartes météorologiques pour une large partie de l'Europe, à quatre altitudes différentes (850, 700, 500 et 200 mb). Il en résultait qu'au-dessus de la Belgique, au sud du centre anticyclonique, l'air atmosphérique se déplaçait en bloc de l'est vers l'ouest. C'est une situation météorologique très stable.

Sur la figure 2, j'ai encadré la partie de la trace supérieure qui correspond à l'écho radar non identifié ayant justifié la montée des F-16. Les radaristes ont seulement découvert cet écho quand ils ont regardé s'il y avait "quelque chose" d'anormal dans cette région. Cet écho a continué à apparaître, en progressant lentement. La source de l'écho se trouvait alors à une altitude d'environ 3000 m et le CRC de Glons a fait évoluer les F-16 à cette hauteur (10.000 pieds). Par leur pratique, les radaristes savaient peut-être que des échos anormaux peuvent s'aligner, mais pas d'une manière aussi régulière et persistante. Ils ont été confrontés à une situation météorologique exceptionnelle, en étant avertis seulement de la possibilité d'une "propagation anormale".

En 1994, j'ai fait un relevé de l'altitude de la source de chacun des échos individuels pour les longues traces de la figure 2. Malgré une dispersion assez grande des points de mesure, les traces étaient continues (II.397). Puisqu'il ne s'agissait pas nécessairement d'une seule bulle de convection, bien définie, j'ai introduit le concept plus général de "nuages invisibles" (II.397). Même s'il y avait un ensemble de masses d'air humide, les radars au sol leur attribueraient un écho unique, mais j'ai constaté que le radar de Glons détectait parfois des échos anormaux qui s'écartaient de la trajectoire moyenne.

Ces masses d'air humide pouvaient provenir de cheminées d'usine ou de centrales électriques (II.408). Dans ce cas, il s'agirait d'air chaud et cela me permettait d'expliquer aussi les observations visuelles des gendarmes. M. Renkin avait vu Sirius, mais la vitesse de propagation de la lumière visible dépend de la température de l'air. Des masses d'air chaud, passant séparément les unes des autres entre les gendarmes et le ciel étoilé, devaient agir comme des lentilles (II.408). La position apparente de l'étoile et sa couleur seraient fortement et longuement modifiées, contrairement à ce qui se passe pour les scintillations habituelles.