Personne ne devrait conclure de la discussion qui précède que je cherche un chemin aisé pour vérifier la paranormalité. Ma position est que cette conclusion demande la confirmation d'une théorie intégrant un principe paranormal, qui son tour nécessite que des prédictions basées sur cette théorie soient confirmées avec plus de succès que celles de théories conventionnelles concurrentes. De plus, de telles confirmations doivent respecter les mêmes normes de preuve que celles requises par toute hypothèse scientifique, y compris un degré adéquat de reproductibilité. Ceci pourrait être interprété alternativement depuis un cadre Lakatosien comme étant un programme de recherche progressif basé sur une supposition centrale impliquant la paranormalité. Bien que je n'insiste pas sur le fait que chaque expérience confirmante soit complètement immunisée de toute hypothèse ad hoc qu'un TC pourrait concocter, je pense néanmoins que mon approche est conservatrice, raisonnable et responsable. Je n'ai aucune objection de quelque sorte à des demandes de méthodologie rigoureuse. Tout ce que je demande vraiment est qu'une rigueur soit montrée à l'autre extrémité du spectre ; en particulier, les TCs doivent reconnaître que jusqu'à ce qu'ils rendent scientifiquement crédibles leurs explications, les EPOs documentées par les parapsychologues au cours du siècle dernier représentent un véritable défi à la théorie conventionnelle qui ne peut être balayé sous le tapis par des appels à des conventions a priori ou des interprétations ad hoc.
Je qualifie ma position de scepticisme progressif. Il s'agit de scepticisme
parce qu'elle demande une attitude critique envers toutes les hypothèses d'explication des EPOs, et qu'elle
conclut qu'il n'y a pour l'instant aucune explication scientifiquement adéquate à la masse critique de ces
événements. Elle est progressiste parce qu'elle croit que la méthode
scientifique, au sens large, peut au final fournir ou du moins contribuer à des explications satisfaisantes de
ces événements, et qu'elle encourage la recherche à cette fin. Le scepticisme progressif est semblable, bien que pas
nécessairement identique, à la zététique telle que définie et promue par Marcello Truzzi
(dans la presse).
Un corrolaire important du scepticisme progressif est que la recherche, que ce soit des points de vue conventionnels ou paranormaux, devrait être encouragée, avec des ressources, un statut, et ainsi de suite, attribués aussi indépendamment que possible des orientations théoriques des chercheurs. A certains égards je fus encouragé par la proposition de nos amis Zusne et Jone pour l'élaboration d'une branche spécifique de la psychologie appelée psychologie anomalistique afin d'étudier les EPOs. La proposition est bienvenue parce qu'elle reconnait qu'il existe des questions en suspens qui demandent des solutions empiriques. Mais une caractéristique négative de leur proposition est que pour le futur proche elle exclut la recherche orientée sur le paranormal. Que ceux d'entre nous qui étudient le paranormal ne puissent même pas autorisés à concourir montre à nouveau à quelles longueurs le principe de cohérence amènera, et coupe l'herbe sous le pied de quiconque dira, ou quiconque partagera la position d'ouverture d'esprit et d'implication dans une recherche libre dans ce domaine.
Les esprits étriqués semblent aussi être bien vivants dans de nombreux départements de psychologie en université. Je suis particulièrement affligé de la fréquence à laquelle je vois des étudiants entendre qu'ils ruineront leurs carrières s'ils font des recherches en parapsychologie. Je ne critique pas nécessairement les professeurs qui donnent ce conseil mais plutôt le climat existant qui les oblige à le donner. Je m'adresse pas ici aux astrologues de télévision locale et personnes prétendants être dotées de pouvoirs psi qui finissent souvent par donner des cours à la Division Extension, mais plutôt aux étudiants brillants, compétents et level-headed qui reçoivent généralement ce conseil précisément parce qu'ils sont brillants, compétents et level-headed. Non seulement cet état state des choses empêche la qualité moyenne du personnel en parapsychologie de s'améliorer (quelque chose dont les TCs se plaignent constamment), mais de manière plus importante il s'agit d'une flagrante du principe de liberté académique que la psychologie en tant que profession épouse. J'espère que les psychologues qui chérissent vraiment la liberté académique prendront des mesures pour corriger cette situation. Plusieurs scientifiques proémients d'autres sciences (conventionnelles) m'ont dit que des tactiques semblables sont utilisées pour assurer une conformité au point de vue conventionnel en vigueur dans leurs propres disciplines et ainsi étouffer les nouvelles idées et approches. On se demande si la science n'est pas la perdante ultime de ces pratiques.
Je voudrais terminer ce papier sur une note conciliante. Je pense que le scepticisme progressif est une position qui a le potentiel d'unir de grands segments des constituants les plus modérés des 2 côtés de la controverse sur le psi. En particulier, je vois un consensus commencer à émerger sur le fait qu'il n'y a qu'une seule conclusion défendable sur le statut actuel des éléments en faveur des EPOs. Cette conclusion est que nous ne pouvons tirer aucune conclusion, que nous devons suspendre notre jugement. Dans le scénario que j'envisage, des gens des 2 côtés continueraient à avoir des opinions différentes sur la manière dont la question finira par être résolue, et qu'ils continueront à mener des recherches depuis leurs orientations respectives. Nous pourrions perdre la fausse dichotomie entre partisans et critiques, pour que chaque camp mène ses recherches, propose des interprétations de ces recherches, et critique les recherches et propositions de l'autre camp n1La critique, bien sûr, interviendrait aussi au sein de chaque camp. C'est la voie par laquelle je pense que nous pourrons finir par résoudre la controverse sur le psi, au bénéfice de tous.
Un dernier mot pour mes amis TC. Je pense qu'il n'est pas seulement une coincidence que les idées occultes ne prospèrent que dans les domaines où la connaissance scientitifique est moins complète — pour prendre une métaphore, espace interne et espace externe. Ce que cela me suggère est que si l'objectif est de finir par éradiquer l'occultisme, la meilleure approche n'est pas de dépenser vos ressources à démonter des expériences de PES et personnes prétendant avoir des pouvoirs psi sur scène, ce que la plupart des véritables occultistes prennent encore moins au sérieux que vous, mais plutôt de promouvoir une recherche scientifique sur ces problèmes d'un point de vue conventionnel. Mais pour le faire avec une efficacité maximum vous aurez besoin de la stimulation et, oui, de la critique qui ne peut être fournie que par un programme concurrent vigoureux de recherche paranormale. Bien sûr vous devez courrir le risque que la recherche paranormale finissent par l'emporter, mais si vous avez vraiment confiance en le bien fondé de votre position ce risque devrait être tolérable. En résumé, je voudrais vous inviter à devenir des sceptiques progressifs.