| Home > Science et intelligence sociale sur les anomalies : le cas des ovnis |
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Ce que les scientifiques pensent d'une anomalie comme les ovnis dépend en grande partie d'informations provenant de l'extérieur de la communauté scientifique. Mais les convictions scientifiques sont aussi déterminées par les doctrines scientifique et d'ingéniérie en vigueur. Lorsque parviennent aux scientifiques des signalements selon lesquels des gens ont vu ce qui semble être des vaisseaux extraterrestre, cette information doit faire face à la conviction que le voyage interstellaire est impossible ou du moins difficile. Les éléments doivent être très solides avant que les scientifiques prennent au sérieux des événement contredisant un principe apparemment si bien etayé. De plus, les éléments fournis doivent se conformer à un schéma que les scientifique peuvent reconnaître comme "logique" à suivre pour une visite extraterrestre. Quoi qu'on puisse penser de la solidité des éléments en faveur des ovnis, ceux ayant filtré jusqu'aux scientifiques sur les expériences ovni de leurs collègues humains ne se sont pas révélées convaincantes, ni ne suivent ce schéma "logique".
Ce que nous avons tenté ici est de dresser le portrait des fonctionnements du système d'intelligence sociale qui transmet sélectivement l'information sur les expériences ovni aux scientifiques. Plus de scientifiques penseraient-ils que les ovnis méritent une recherche si le système fonctionnait différemment ? Il est difficile de le savoir avec certitude ; mais si les messages qu'ils avaient reçus avaient été différents il semble probable que leurs attitudes envers les ovnis auraient aussi été différent.
A cet égard, il est instructif de considérer les scientifiques ayant enquêté sur les ovnis personnellement, plutôt que de les voir depuis l'extrêmité distale du système d'intelligence sociale. Les réactions sont remarquablement diverses. Un météorologue décrivit le phénomène ovni comme le plus grand problème scientifique de notre époque McDonald, J. E.: "UFOs: Greatest Scientific Problem of Our Times?", présenté à la conférence annuelle de 1967 de la Société Americaine des Editeurs de Journaux, Washington, DC, 22 avril 1967.. La conclusion du Rapport Condon pessimiste, cependant, a indiqué que toute autre étude étendue des ovnis ne peut probablement pas être justifiée dans l'attente que la science en sera avancée Université du Colorado, op.cit. note 20, 1.. On pourrait trouver un nombre non-négligeable de scientifiques ayant mené des recherches sur les ovnis pour soutenir 1 de ces points de vue ou les 2. Dans tous les cas, cette divergence suggère que de résoudre la controverse n'est pas simplement une question de "jeter un oeil sur les élements disponibles", comme certains partisans des ovnis l'ont suggéré.
Peut-être avec le temps les études menées par les défenseurs des ovnis dans la communauté scientifique convaincront-elles des collègues scientifiques que les ovnis sont réels. Ou peut-être, si aucun élément dramatique comme la pluie de l'Aigle ne devient accessible, la controverse sur les ovnis disparaîtra de vue, comme le fit la controverse sur les serpents de mer auparavant Voir Heuvelmans, op.cit. note 12.. Ou peut-être continuera-t-elle dans les limbes, comme l'a fait la controverse sur la foudre en boule Singer, S.: The Nature of Ball Lightning, New York. Plenum Press, 1971 ; Garfield, E.: "When Citation Analysis Strikes Ball Lightning", Current Contents, vol. 8, n° 20, 17 mai 1976, 5-16..
Les processus impliqués dans l'intelligence sociale sur les ovnis sont de nombreuses manières typiques du flux d'information sur les événements anormaux similaires, comme le Monstre du Loch Ness. Lorsqu'il prend des décisions sur ces autres anomalies sur la base d'intelligence sociale, le scientifique fait face à des problèmes similaires : la nature non-aléatoire de l'échantillon, la nature hasardeuse du processus de signalement, la dissimulation d'expériences par des personnes techniquement formées, et la faible probabilité générale qu'une seule expérience lui parvienne à travers les canaux disponibles. Mais d'un autre côté, il pourrait être capable d'exploiter une sous-culture de recherche amateur pour l'aider à trouver des témoins ; et il est possible, souvent à travers des efforts éreintants, de changer les paramètres du processus de signalement Un exemple serait les efforts fructueux de H. H. Nininger pour promouvoir le signalement des chutes de météorites. Durant de nombreuses années, Nininger mena un programme étendu d'éducation publique dans l'ouest des Etats Unis, encourageant les fermiers à lui apporter des pierres qui pourraient être des météorites. Ces efforts mirent en lumière quelques météorites. De manière intéressante, dans certains cas les pierres avaient été cachées par des adolescents qui craignaient que leurs parents les ridiculisent pour les avoir montrées. Voir Nininger, H. H.: Find a Falling Star, New York: Paul Eriksson, 1972.. Mais dans tous les cas une compréhension de la manière dont les processus d'intelligence sociale fonctionnent à propos des expériences anormales est nécessaire pour une évaluation de la fiabilité et de l'adéquation de l'information que l'on obtient sur les ovnis et les événements "impossibles" semblables.
Sans cette compréhension, il est facile de supposer que l'absence de preuve est la preuve l'absence. John Pringle (1707-1782), un Membre de la Société Royale et plus tard son Président, déclara en 1760 être convaincu que les météores ne tombaient jamais au sol. Il indiqua :
Et ici je m'aventurerai à affirmer, que, après avoir parcouru tous les récits que j'ai pu trouver de ces phénomènes, je n'ai rencontré aucun cas bien garanti d'un tel événement ; non pas qu'ils soient imaginaires mais que, si l'on considère la fréquence de ces apparitions, si ces météores sont vraiment tombés, il devrait y avoir depuis longtemps une preuve claire de ce fait, au point de ne laisser aucune place au doute aujourd'hui Pringle, J.: "Some Remarks upon the Several Accounts of the Fiery Meteor (Which Appeared on Sunday, the 26th of November, 1758) and upon Other Such Bodies", Philosophical Transactions of the Royal Society, vol. 51, Part I (1760), pp. 259-274. Citation at 272..
Pringle avait tort. Les météores tombent bien au sol sous la forme de météorites, et même à l'époque de Pringle une information sur un nombre considérable de chutes était disponible. Mais soit Pringle ne la connaissait pas soit il ne la considérait pas "bien garantie". C'était 43 ans, en fait, avant que la communauté scientifique soit convaincue que les pluies étaient réelles.
Là où il s'agit d'anomalies, donc, la question de comment on sait ce que l'on sait ne peut être ignorée.
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