Westrum, R. M. Author’s address Department of Sociology, Eastern Michigan University, Ypsilanti, Michigan 48197, USA.: Social Studies of Science, vol. 7, n° 3, pp. 271-302, 1977.
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Ces dernières années, un intérêt considérable s'est éveillé pour la possibilité de l'existence de certaines anomalies controversées et de leurs implications. Ces anomalies incluent le Montre du Loch Ness, l'Abominable Homme des Neiges et son cousin américain le "Bigfoot", et les Objets Volants Non Identifiés. L'intérêt pour les anomalies a accompagné un regain d'intérêt pour l'occulte Truzzi, M.: "The Occult Revival as Popular Culture: Some Random Reflections on the Old and Nouveau Witch", Sociological Quarterly, vol. 13 (hiver 1972), pp. 16-36. et pour certaines théories en marge de la science telles que celles d'Immanuel Velikovsky Voir deGrazia A. (ed.): The Velikovsky Affair, Londres: Sidgwick & Jackson, 1966.. Le public s'est tourné vers les scientifiques dans nombre de ces cas pour valider ou démonter les déclarations faites par les défenseurs d'anomalies, de croyances occultes et de théories en marge. Les scientifiques à leur tour, alarmés par l'émergence de ces types d'intérêts, ont tenter de nier toute légitimité à ces déclarations sur la base de divers fondements Pour le texte de l'une de ces contre-attaques, voir B. J. Bok & al.: "Objections to Astrology", The Humanist, vol. 35, n° 5, septembre-octobre 1975, pp. 4-6. Des commentaires sur cette déclaration seront trouvés dans les numéros suivants de The Humanist et dans Westrum, R. M.: "The Scientist as Critic: Observations on Objections to Astrology", The Zetetic, vol. 1, n° 1, automne-hiver 1976, pp. 34-46; et Kurtz, P. & Nisbet, L.: "Are Astronomers and Astrophysicists Qualified to Criticize Astrology?", ibid., pp. 47-52. Une prolongation de cette discussion sera trouvée dans le numéro suivant de The Zetetic, en préparation actuellement.. Cette posture de démontage de la part des scientifiques semble aujourd'hui si naturel que les scientifiques devenant des défenseurs d'anomalies apparaissent comme quelque peu anormaux eux-mêmes Les arguments de Barry Barnes sont très persuasifs pour montrer que c'est la déviance de ces scientifiques des normes de la communauté qui nécessite une explication, et pas leur "erreur" au regard de nos croyances scientifiques actuelles. Voir Barnes, S. B.: "The Comparison of Belief Systems: Anomaly Versus Falsehood", in Horton, R. & R. Finnegan (eds), Modes of Thought, Londres: Faber & Faber, 1973, pp. 182-198..
La posture générale du démontage nécessite une explication, car on ne peut simplement supposer que parce que les scientifiques sont les représentants de la vérité, ils résistent naturellement à une telle "erreur" — quoi qu'attirante cette idéologie puisse être pour les membres de la communauté scientifique. L'explication peut être pensée en 2 ensembles de facteurs, qu'on pourrait appeler "les intérêts de la communauté scientifique" et "la logique de la croyance scientifique", respectivement "Logique" est ici utilisée dans son sens le plus large de ce qui est censé en termes de ce qui est déjà connu.. Le 1er ensemble de facteurs ne sera pas discuté ici, bien que l'auteur prévoie de le faire dans un travail ultérieur L'auteur travaille actuellement sur une étude comparative des raisons sociales et scientifiques des anomalies.. Pour le moment, observons simplement la popularité des croyances et des systèmes de croyance qui entrent en conflit avec la ceux de la communauté scientifique tendent à menacer la prétention de cette dernière à un monopole des descriptions véritables de la nature du monde physique, et que le prestige accordé aux anomalistes, occultistes, et scientifiques en marge menace la position publique de la science.
Mais le démontage procède aussi de motivations "internes", de "faits" établis, théories et paradigmes scientifiques actuels, et de la nature des éléments soutenant la croyance aux anomalies Cet article ne traitera pas de toutes les anomalies, en particulier celles d'un caractère scientifique mince, mais seulement des anomalies controverses ayant reçu une publicité comme celles mentionnées dans le 1er paragraphe.. Il existe des "raisons" de croire que les anomalies existent, à la fois théoriques et concrètes. On peut avancer que "tout ce que nous connaissons" milite contre l'existence d'une anomalie de tel ou tel type. Mais en outre, on peut montrer que la preuve de l'existence de cette anomalie est très faible, et peut être écartée sur des bases théoriques ou en montrant qu'une mauvaise représentation ou une erreur est impliquée. Un article scientifique typique démontant une anomalie aura des arguments des 2 types, et montrera non seulement qu'il y a de bonnes raisons de ne pas croire que l'anomalie existe, mais aussi qu'en fait il y a très peu d'indices elle existe Comme exemple d'un tel article, consulter Markowitz, W.: "The Physics and Metaphysics of Unidentified Flying Objects", Science, vol. 157, 15 septembre 1967, pp. 1274-1279..
Dans cet article, nous explorerons comment les scientifiques obtiennent ces éléments, qui forment une partie importante de leur rejet des anomalies. Nous examinerons le système social qui intervient entre ceux qui ont connu des anomalies et les scientifiques qui décident si les anomalies existent ou non. Nous examinerons le système d'"intelligence sociale" qui transmet les signalements de vécus d'anomalies au public et aux scientifiques en particulier. Nous examinerons comment les signalements transmis par ce système influencent les décisions des scientifiques sur la nécessité d'enquêter sur ces anomalies ou non, et spécifiquement comment ce système a découragé les scientifiques d'enquêter sur les signalements d'ovnis.
Mais la fonction des signalements d'anomalie n'est pas toujours négative, car parfois les signalements focalisent l'attention scientifique et motivent la recherche scientifique sur les anomalies en question. La controverse sur l'existence des météorites, par exemple, fut apaisée suite à une expédition de recherche motivée exactement par ces signalements. A un moment lorsque l'existence des météorites commençait juste à être de plus en plus acceptée, une pluie énorme de pierres eut lieu près de l'Aigle, en France en 1803. La pluie créa une telle sensation que le Ministre de l'Intérieur demanda à l'Institut d'envoyer l'un d'entre eux pour enquêter Paneth, F. A.: The Origin of Meteorites, Oxford: Clarendon Press, 1940, 4.. Ils envoyèrent le brillant Jean-Baptiste Biot (1774-1862), qui émit promptement un rapport qui confirma la pluie Biot, J. B.: "Relation d’un Voyage fait dans le Départment de l'Orne", Paris: Baudouin, 1803.. Le mémoire de Biot fut si convaincant que peu dans la communauté scientifique par la suite osèrent remettre en question l'existence des pierres tombant du ciel.
Pour examiner le système d'intelligence sociale qui transmets les signalements d'anomalie, nous prendront comme exemple les signalements d'Objets Volants Non Identifiés. L'auteur mène aussi des examens similaires de l'information sociale sur les serpents de mer et les météorites Westrum, R.: "Sea Serpent Reporting Dynamics", Sociological Review Monographs, numéro spécial sur le "Savoir rejeté", à paraître en 1978, et "Boundary Control in Science: The Case of Meteorites", en cours.. Mais les Objets Volants Non Identifiés, ou OVNIs, peuvent être à de nombreux égards pris comme un cas typique. On peut facilement trouver des phénomènes sociaux par rapport aux ovnis ayant des parallèles avec les signalements de serpents de mer et avec les signalements de météorites à l'état de pré-acceptation scientifique. On doit faire attention, bien sûr, à ne pas pousser les parallèles trop loin, car il existe aussi des différences considérables dans la réaction sociale aux différentes anomalies. Par exemple, les signalements de serpent de mer reçurent très tôt un soutien considérable de la communauté scientifique, ce qui n'a pas été vrai à ce jour pour les signalements d'ovnis Voir Heuvelmans, B.: In the Wake of the Sea-Serpents, New York: Hill & Wang, 1968.. Néanmoins, le cas des signalements d'ovnis illustre très bien la dynamique de la transmission d'information sur les anomalies.
Nous concentrerons notre attention principalement sur 2 aspects de l'information sur les anomalies. D'abord, nous examinerons la nature du vécu d'anomalie elle-même, dont les caractéristiques déterminent souvent si elle sera ou non rapportée. Puis nous verrons comment les vécus se transforment en signalements, et ce qui arrive à ces signalements lorsqu'ils passent par les canaux sociaux. Nous conclurons avec des observations sur la fiabilité des décisions prises sur l'information dérivée de ces processus sociaux.
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