Palmer, John: Journal of Parapsychology, vol. 50 (mars 1986), pp. 29-42
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De nombreux sceptiques de la parapsychologie adoptent une attitude non critique face aux explications conventionnelles d'événements psychiques ostensibles (EPOs). Ceci va à l'encontre de l'usage du terme sceptique, qui devrait impliquer une attitude de doute critique de toutes les non prouvées d'EPOs. Un qualificatif non-péjoratif pour ce groupe de critiques serait le terme de théoriciens conventionnels (TCs), qui ne suppose pas une attitude non biaisée. L'auteur donne des exemples dans la littérature du biais non critique de ce groupe de critiques, explique pourquoi leur appliquer le terme de théoriciens conventionnels, et souligne pourquoi leur approche ne peut résoudre la controverse psi. L'auteur appelle donc à une nouvelle direction chez les enquêteurs de ce domaine. Cette nouvelle direction serait de critiquer toutes les explications actuelles des EPOs, reconnaissant qu'aucune n'est satisfaisante, et maintient une foi en la capacité de la méthode scientifique à finir par fournir les bonnes. Ceci nécessiterait une recherche avec des perspectives paranormales comme conventionnelles. Il propose que cette nouvelle approche soit appelée scepticisme progressif.
Alors que des biais de la part de nombreux "croyants" aux phénomènes psychiques sont reconnus depuis longtemps, de tels biais existent aussi chez de nombreux "sceptiques." J'aimerais commencer ce discours avec 2 exemples d'un aspect particulier de ce biais, c'est-à-dire, une attitude non-critique envers les explications conventionnelles d'événements psychiques ostensibles (ou EPOs, en abrévié). Pour 1er exemple vient du livre Anomalistic Psychology de Leonard Zusne et Warren Jones (1982). Il concerne leur critique d'une expérience conçue pour tester la précognition dans les rêves en déterminant si un sujet pouvait incorporer dans ses rêves des événements qui lui arriveraient le lendemain matin. Cependant, parce qu'un objective secondaire était d'étudier l'incorporation de tels événements dans des rêves ultérieurs, des rapports de rêves étaient aussi recueillis les nuits après les événements. Ainsi les nuits impaires devaient servir à tester les rêves précognitifs (facultés psychiques) et les nuits paires les rêves rétrocognitifs (normaux).
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Ce n'est pas la manière dont l'étude fut interprêtée par Zusne et Jones. Ils rapportèrent l'étude comme si toutes les nuits utilisaient la procédure de rétrocognition mais visaient à tester la précognition ; c'est-à-dire que l'on demandait au sujet de rêver précognitivement sur des cibles qu'il connaissait déjà ! A l'évidence, aucun enquêteur de bon sens de testerait la précognition en montrant d'abord la cible au sujet. Cependant c'est exactement ce que Zusne et Jones dirent.
Je pense que l'on peut faire une inférence raisonnable quant à ce qui s'est passé. La source de Zusne et Jones pour l'expérience était un court chapitre rédigé par les expérimentateurs dans un livre de poche populaire Ullman, M. & Krippner, S. (1978): "Experimental dream studies", in M. Ebon (Ed.), The Signet handbook of parapsychology (pp. 393-408). New York: New American Library.. Le chapitre était équivalent à un court résumé et manquait de détails descriptifs. Apparemment, Zusne et Jones ont simplement mal interprêté la courte description de la procédure, d'une manière cohérente avec leur propres a prioris et le thème général de leur livre—c'est-à-dire, que les expériences psi sont dues à des interprétations biaisées d'événements naturels.
Ce qui est remarquable dans cet exemple est que Zusne et Jones voulaient publier en attribuant cette procédure positivement idiote aux chercheurs, sur la seule base d'un mince résumé. Il n'y a pas d'indications qu'ils aient jamais mis en doute l'exactitude de leur propre interprétation. Certes, les expérimentateurs (ou est-ce l'éditeur ?) devraient avoir leur part de faute pour n'avoir pas cité le rapport expérimental complet lorsqu'ils ont décrit la procédure (bien qu'il apparaissait dans la liste de références), mais cela n'exonère en aucune manière Zusne et Jones. Ce que nous avons ici est un exemple classique d'une attitude non-critique envers une interprétation conventionnelle d'un EPO.
Mon 2nd exemple est la critique de Persi Diaconis Diaconis, P. (1978): "Statistical problems in ESP research", Science, 201, 131-136. Diaconis, P. (1979, 1980): Rejoinder to Edward F. Kelly, Zetetic Scholar, n° 5, pp. 29-31, n° 6, pp. 30-31. d'une séries de divination PES de cartes qui eut pour sujet une personne prétendant avoir des facultés psi. Diaconis, un statisticien de Stanford et magicien accompli sur scène, ne put rien trouver à redire dans les procédures expérimentales décrites dans les rapports de recherche détaillés, ni n'offrit de quelconque suggestion quant à la manière dont les résultats significatifs avaient pu être obtenus frauduleusement. Néanmoins, il conclut apparemment sans l'ombre d'un doute que le sujet avait obtenus ses résultats significatives par tout de passe-passe Bien que Diaconis n'ait pas dit si explicitement que le sujet avait utilisé un tour de passe-passe, on peut raisonnablement déduire de ses remarques que c'est ce qu'il voulait dire.
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Diaconis basa son jugement principalement sur une démonstration informelle de pouvoirs psychiques ostensibles de la part du sujet, qu'il observa et qu'il attribua à un tour de passe-passe. Je crois pour ma part que son verdict dans ce cas précis était raisonnable. Mais tirer une conclusion catégorique sur le travail expérimental contrôlé sur la base de ce type d'élément circonstanciel, en particulier lorsque l'on contrôlait que les types de "trucs" ostensiblement utilisés dans la demonstration n'étaient pas utilisés dans les expériences, n'est pas justifié. De plus, le degré de pouvoir psychique ostensiblement démontré dans les expériences, bien qu'impressionnant selon les standards de recherche parapsychologique, n'aurait pas été du tout impressionnant sur une scène. Ainsi, même si le sujet avait des pouvoirs psychiques, on peut comprendre qu'il n'ait probablement pas choisi de se baser dessus dans ce type de contexte. Si Diaconis a jamais pensé à cela, on n'en trouve aucune trace dans sa critique.
Bien sûr on ne peut tolérer l'utilisation de tour de passe-passe par le sujet, si elle a bien eu lieu, mais ce n'est pas la question ici. Pas plus que mon but est de montrer que Diaconis avait nécessairement tort ; il pourrait toujours avoir raison, et il a soulevé un préoccupation légitime. Mon but est, plutôt, de souligner la confiance apparemment suprême de Diaconis en l'exactitude de sa conclusion sur les résultats expérimentaux, qu'il a basé sur des éléments circonstanciels d'un autre contexte (ajoutés à des impressions défavorables qu'il acquis de la part d'autres chercheurs), trahit la même attitude non-critique envers les explications conventionnelles d'EPOs qu'on montré Zusne et Jones.
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